Conservatoire d'espaces naturels de Corse

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Asco : Ses anciens fours à poix et la maison du mouflon

Sortie Découverte - Le 28/09/2008 - Lieu : Entre Niolo et Balagne


La haute-vallée d’Asco ouvrit en grand ses bras résineux à la bonne centaine d’adhérents des Amis du Parc qui s’étaient retrouvés, place de la mairie, en ce premier dimanche d’automne.
Monsieur Aledo, adjoint au maire nous y attendait pour nous brosser un portrait de sa commune qui, rappelons-le avec ses douze mille hectares, est l’une des plus grande de Corse, en s’étageant de l’altitude 450 mètres jusqu’au toit de la Corse.
Il rappela que la municipalité entendait bien aller à l’encontre du postulat qui pose comme une fatalité la désertification des communes de l’intérieur de l’île. Certes, la population hivernale est retreinte, la vallée est à l’écart des axes de communication, la station d’Asco Stagnu n’ouvrira plus ses pistes au ski alpin, mais pour autant sera restaurée pour proposer une offre diversifiée dans les domaines de la randonnée, des découvertes thématiques, des balades en raquettes ou en ski de rando. Il nous entretint sur quelques opérations d’investissement que la commune avait menées ces dernières années, comme un réseau d’assainissement maîtrisé avec 3 stations d’épuration, gage de propreté de la rivière qui accueille jusqu’à 3.000 personnes et 500 véhicules sur ses berges durant la belle saison, de même la commune a investi dans 3 microcentrales qui transforment les flots impétueux de l’Asco en énergie électrique, enfin les internautes sont reliés au haut débit par une connexion satellitaire. Soucieuse de la préservation de son patrimoine, Asco fut la 1ère commune à avoir signé le document d’objectifs Natura 2000. En 1996 et 1997, un comité de pilotage comprenant acteurs locaux et institutionnels a contribué à préciser les enjeux liés au patrimoine naturel et au développement local : Le mouflon de Corse, le gypaète barbu, la truite corse et l’habitat à genévrier thurifère ont été retenu comme prioritaires
Ainsi, d’une économie agropastorale quasi autarcique, la commune a œuvré pour rentrer dans une dynamique d’activités relatives à un tourisme maîtrisé et aux sports de montagne. Gageons que la détermination de la municipalité permettra à cette vallée de maintenir une vie harmonieuse et sereine à ses habitants.

Un convoi, ou le covoiturage fut de rigueur, remonta la sinueuse départementale 147 en direction de la maison du Mouflon et de la Nature, monsieur Franceschetti, Président de l’Association des communes forestières de Corse et Maire d’Asco nous y attendait en compagnie de Joseph Vitti responsable du projet O.N.F. de la réserve d’Asco. Le 1er magistrat nous parla de la politique de la commune basée sur la valorisation et la protection de l’environnement. Il nous fit remarquer que les abords de la départementales étaient parfaitement nettoyés afin de restreindre au maximum les risques d’incendie, comme celui de 1945 pour lequel la commune dut procéder au reboisement de la forêt côté adret. Puis, il rappela le triple rôle vertueux de la forêt qui participe à la capture du CO², est génératrice d’hydrologie et productrice de matériaux nobles. « La forêt est le côté vraiment identitaire de la Corse ! » lança-t-il dans son vibrant plaidoyer visant à créer une réserve de montagne dans une région qui compte déjà six réserves marines. Il nous entraina à quelques mètres de là, près d’un ancien four à poix et nous en expliqua le fonctionnement : le cœur des laricio était coupé en brindilles que l’on disposait savamment au cœur du four par fournée d’environ quarante kilogrammes et que l’on alimentait par le haut. Le résultat d’une combustion contrôlée, sous peine de produire une sorte de goudron inutilisable, produisait un liquide noir que l’on recueillait par un orifice situé à la base du four. Ceux-ci n’étaient pas de taille homogène et il y aurait eu jusqu’à cinquante au maximum de leur activité vers la fin du XVIIIème siècle, dont dix-huit ont été retrouvés. Monsieur Joseph Vitti, nous parla de son échec quant à sa tentative de refaire de la poix, ce savoir-faire ayant disparu dans la poussière des siècles !

Un déjeuner pris sur les bords de l’Asco, dans cette ambiance conviviale et coutumière que les amis du Parc entretiennent à grand coup de tartelettes, de pâtés et de rasades sans faux col, réconforta plus d’un convive.
Mais l’heure était déjà venue de nous rendre vers la casa di a muvra, au lieu-dit Giunte, dont la création est à l’initiative de la commune. Elodie Vitti, conseillère municipale et responsable de la maison du mouflon et de la Nature nous accueillit dans un sourire encore plus frais que l’eau courant sous la bâtisse. Elle se livra à un rappel de la création de l’établissement dont la vocation était de repeupler le massif en menant un Programme life avec le Parc Naturel Régional, programme qui est maintenant terminé. La structure reçoit des aides de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage et du Parc pour l’aider dans son fonctionnement. Il y a 25 ans, on ne comptait plus que 500 têtes dans toute l’île, consécutivement aux pratiques de braconnage. Aujourd’hui, Il y a environ 1.000 mouflons en Corse qui se répartissent dans les deux massifs d’Asco et de Bavella où sont installés deux enclos, mais la population est plutôt stagnante, malgré les lâchers dans le Nord, le Sud et même le Centre-Corse pour repeupler les massifs. Elodie insista sur le fait qu’il faut préserver le mouflon Corse car les tentatives de réintroduction ont échoué et de plus, la race n’est plus pure sur le continent. Tout autour de nous, des trophées, des panneaux d’information richement illustrés, des peintures, des sculptures nous permirent de côtoyer ce bel animal, encore invisible dans l’enclos jouxtant l’établissement, car il n’y redescendra qu’aux premiers froids venus. Elodie rappela également que l’âge des males peut être déterminé par les anneaux de croissance présents sur les cornes et qu’ils vivent environ jusqu’à 14 ans. Autre particularité : les mouflons du nord ont leurs cornes qui s’enroulent à l’intérieur et ceux du sud les portent plus évasées. Les femelles du nord n’ont pas de cornes et celles du sud en ont de petites. L’âge des femelles peut se déterminer à leur masque facial et à leur tête qui s’allonge et blanchit avec le temps.
Enfin, l’animatrice nous indiqua que la maison du mouflon accueille des scolaires pour les sensibiliser à la protection de l’animal emblématique de la montagne Corse, et que ce n’est pas moins de 2.000 petites têtes blondes et brunes qui y ont porté leur babillage, cette année.

Pour clore cette si belle journée, il restait à nous rendre à quelques tires d’ailes plus loin, dans un sous-bois de laricio, où Jean-Claude Thibault, ornithologue réputé du Parc, nous attendait pour nous parler d’un des oiseaux le plus attachant de la montagne corse : la sitelle. Il faut savoir que la planète en compte 24 espèces dont 5 en Méditerranée. Chez ce minuscule oiseau, il est à noter que la différenciation sexuée se voit déjà dès la naissance : les femelles ayant une calotte grise et les mâles une noire. La sitelle corse est une espèce endémique et curieusement celle qui lui est la plus proche vit en … Chine. Jean-Claude nous précisa que la colonisation de la Corse débuta il y a un million d’années et que la sitelle est dépendante à 99% des futaies de laricio. Les effectifs qui se montent entre 1.500 et 2.200 couples sont totalement tributaires des incendies et de l’exploitation des laricio. Elles préfèrent les arbres dont le diamètre est supérieur à 70 cm, ceux-ci produisant abondamment de cônes dont elles extraient les graines. De mai à octobre, elles se nourrissent d’invertébrés en les capturant en en plein vol ou entre les écorces. Durant l’hiver, ces oiseaux sédentaires de 10-12 grammes ont besoin de manger les graines qui sont dans les cônes, qui s’ouvrent à partir du 15 novembre quand il fait beau. Les sitelles saisissent les graines par leurs ailettes, les mangent pour partie et stockent le reste. Jean-Claude rappela qu’il y a en Corse 23.000 ha de laricio, dont 13.000 qui conviendraient à la sitelle et que cet atome de plumes douces connaît deux principaux prédateurs le geai et l’épervier, ainsi les arbres qui la nourrissent doivent être très près l’un de l’autre, afin de minimiser les risques inhérents à ses trajets. L’ornithologue nous fit prendre conscience de la nécessité de laisser des chandelles d’arbres morts afin qu’elle y aménage son logis. Pour notre bonheur, il avait amené un tronc d’arbre factice où était aménagée une loge que l’on pouvait découvrir en ouvrant ledit tronc comme une porte et là un minuscule espace bien à l’abri du vent, du froid et des prédateurs, merveille d’ingéniosité et de rationalité. Les derniers contreforts du Cinto s’incendiaient sous le soleil couchant, quand la caravane heureuse des Amis du Parc pris le chemin de la vallée, des hommes, des grandes rumeurs et de la « civilisation ».