Conservatoire d'espaces naturels de Corse

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N°217 - Programme de gestion d'une tortue exotique Trachemys scirpta elegans en région corse

Auteur : BOSC V., PEINADO J., DESTANDEAU R., FLEURIAU R. - Publié en 2009 - Editeur : AAPNRC

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Trachemys scipta elegans, espèce de tortue exotique présente aujourd’hui dans les milieux naturels de Corse, est considérée comme facteur potentiel de régression de la Cistude d’Europe. Le programme « Floride », porté et mené par l’Association des Amis du Parc Naturel Régional de Corse / Conservatoire des Espaces Naturels de Corse, vise entre autre à élaborer une méthode de limitation de la population sur le site Natura 2000 test « sites à Anchusa crispa de l’embouchure du Rizzanese et des plages d’Olmeto » (FR9400594). Il entre dans le cadre du programme de gestion de l’espèce sur l’ensemble de l’île.

L’objectif en 2009 était d’acquérir, sur un site test, via différentes méthodes (Capture / Marquage / Recapture ; Echantillonnage stratifié ; Radiopistage), des connaissances sur la biologie et l’écologie de l’espèce et des compétences dans le piégeage. Depuis neuf ans (Lebret, 2000), il est de coutume de dire que malgré la présence avérée de l’espèce Trachemys scripta elegans en Corse, les densités des populations installées restent « raisonnables ». Les milliers d’heures passées depuis quelques années sur le site Natura 2000 de « l’embouchure du Rizzanese et des plages d’Olmeto », et l’étude menée ici permettent aujourd’hui de remettre en question cette idée reçue. Sur le site d’étude, la présence d’individus de tous âges et de tous sexes est avérée. L’espèce y est donc bien acclimatée et est très probablement en cours de naturalisation. La taille de la population n’a pas pu être estimée, mais parmi les tortues capturées sur le site, 1/7ème sont quand-même des Trachémydes (1/3 pour les observations). Sachant que l’espèce est aujourd’hui considérée parmi les 100 espèces au monde à plus forte potentialité invasive, déterminer une méthode de limitation sur le site était donc indispensable. Les résultats obtenus nous permettent de proposer une ébauche de méthode : nous savons que le piège le plus efficace semble être la nasse souple, et la connaissance de la répartition des individus nous permet de savoir où placer la pression de capture. Cette connaissance complétée des informations recueillis par télémétrie sur la biologie et l’écologie de l’espèce (domaines vitaux, capacité d’utilisation de l’espace, degré d’acclimatation, site de reproduction …) nous apporte aujourd’hui une vision plus claire du comportement et de l’occupation du territoire par cette espèce introduite et nous laisse donc entrevoir de réelles possibilités d’éradication.
Cependant, alors que l’étude prend fin, il reste de nombreuses questions en suspend. Pour le piégeage, plusieurs éléments sont encore à évaluer : la saisonnalité, l’efficacité réelle des pièges à insolation, la proximité des berges et le type de piège efficace dans l’habitat « Tamariçaie / Iriçaie ». Pour la télémétrie, la sortie d’hivernage reste à fixer dans le calendrier. Nous espérons l’an prochain pouvoir compléter les informations sur la saisonnalité par de nouvelles sessions de piégeage, de mars à fin juin. En effet, au sortir de l’hivernage, quand les individus sont en recherche active de nourriture et de sites de bains de soleil, le piégeage pourrait s’avérer beaucoup plus efficace. Un nombre important de captures et de recaptures permettrait d’une part d’obtenir des résultats plus robustes sur le piégeage, d’autre part d’estimer la population sur le site. Les observations nous ayant permis de voir que l’habitat « Tamariçaie / Iriçaie » est différent des autres, il serait intéressant d’étendre les sites de piégeage à cet habitat. Par contre, l’efficacité des pièges à insolation et la proximité des berges ne pourraient pas être évaluées dans le cadre d’un nouveau protocole, celui-ci devant suivre les mêmes modalités que durant cette année.
Il est donc validé par le comité scientifique que la deuxième année du programme soit être utilisée à compléter les informations obtenues plutôt qu’à une application telle quelle. C’est d’ailleurs le cas également du SMGEO (Midi Pyrénées), dont la deuxième année du programme est réservée à un approfondissement des connaissances. Ainsi, après une deuxième série d’acquisition de connaissances, nous pourrons réaliser durant l’année 2010 un « Test d’éradication » par piégeage au niveau de l’« Ancien méandre », ce site étant très propice à ce type de test. Cela permettrait d’évaluer le temps nécessaire pour obtenir le maximum de capture, et de voir si l’éradication est possible au niveau d’un site isolé. Enfin, le but étant d’élaborer une méthode de gestion généralisable à terme à l’ensemble de la Corse, nous devons nous efforcer de compléter nos connaissances concernant la présence de l’espèce sur l’île et sur les milieux occupés.